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Tribune libre

Où en est la biodiversité pyrénéenne et notre rapport à celle-ci ?

Rétrospective 2010

vendredi 24 mai 2013, par Sabine Matraire

Petit tour d’horizon.

On nous l’avait annoncé, « 2010 sera l’année de la biodiversité ! » La loi dite Grenelle 2, article 121 a « l’ambition d’enrayer la perte de biodiversité en participant à la préservation, à la gestion et à la remise en bon état des milieux nécessaires aux continuités écologiques… »
Revenons-en tant ce fut (et ce sera) le contraire et revenons-y pour faire un point sur la question, notamment en ce qui concerne la partie occidentale française du massif.


Voir en ligne : GEOB

Au premier abord, la biodiversité pyrénéenne semble riche comparativement aux autres régions de France ; on y trouve des espèces inconnues ailleurs ou rares : le gypaète barbu, le vautour percnoptère, le desman, l’euprocte, le lys des Pyrénées, le grand tétras (sous espèce Aquitanicus), le pic à dos blanc, la chouette de Tengmalm, l’ours brun... Effectivement, au regard de ces quelques espèces, les Pyrénées semblent paradisiaques, cependant la réalité est toute autre.

La grande faune, un point succinct sur la situation de quelques espèces :

L’ours :
Une quinzaine d’individus, voire un peu plus, autant dire quasiment rien. Tous issues de la réintroduction en Pyrénées centrales, ou il n’existait plus un seul individu en 1993 contrairement au Pyrénées occidentale ou subsistaient quelques spécimens autochtone à la même époque. Mais aujourd’hui la partie occidentale est orpheline de ses ours, ceux qu’elle aurait du préservé, choyé même, tant chacune de ces vies était précieuse. Avec la disparition de l’ours brun des Pyrénées, c’est une espèce présente depuis 250 000 ans que la biodiversité vient de perdre, irrémédiablement, et par la faute des hommes, car il n’est ici question ni de glaciation, pas plus de réchauffement, ou d’épidémie que sais-je encore, non seulement la faute de l’homme, de vous, de moi donc.
L’Etat annonce le lâcher d’une femelle, probablement en Béarn, c’est bien tard. Toutefois ce que l’on ose nommer un renforcement (mazette une ourse, quelle ambition !) à pour but principal d’éviter une condamnation par l’Europe, et par ailleurs de calmer les pro ours tout en n’excitant pas trop les antis. En réalité il n’est plus question de réintroduction pour les autorités françaises, qui l’on dit clairement par la voix de la représentante à l’écologie : Il n’y aura pas de réintroduction sauf pour remplacer (comme un téléphone portable ?) un ours tué par l’homme, il faut s’en remettre à la population d’ours existante pour un renforcement naturel. Soit, mais la population existante (15 à 17 individus) n’évitera pas la consanguinité ?
En quelque sorte l’Etat compte sur la force de la nature à se régénérer.
Il est vrai que les réintroductions d’ours sont mal perçu par les éleveurs et quelques autres habitants des vallées alors le risque est grand d’envoyer l’animal au casse-pipe ; Accidents (ou braconnages) lors des battues (ou déguisés en battues), empoisonnements, persécutions, la palette est vaste pour qui ne veut plus de l’ours, et en toute impunité comme chacun sait.
Est-ce si compliqué de cohabiter avec Artza ?
Il n’a pas besoin de sanctuaire notre cousin, notre présence ne l’incommode pas, au contraire. Il nous faut simplement accepter de le croiser en basse vallée, dans les prairies, les vergers, en forêt, de lui accorder le droit d’exister et de partager ce vaste et beau territoire Pyrénéen.
Aujourd’hui, force est de constater que l’Etat n’a jamais réussi à se positionner clairement sur un dossier important qui aurait pu être la locomotive d’un cortège de dossiers favorables à la biodiversité en France ;

Le grand tétras :
Voir article

Le bouquetin :
Il était présent dans l’ensemble des Pyrénées jusqu’au 18ème siècle. Les derniers spécimens ont survécus dans le Parc National d’Ordesa où il disparu en 1999 ou 2000. Se pose la question de la réintroduction du bouquetin Ibérique et une fois de plus, celle de la bonne gestion des espèces chassables.

Le lynx :
sa présence dans les Pyrénées n’est pas prouvée, il en subsiste peut-être mais si tel est le cas la population est à l’état de lambeau. En l’état actuel il est plus sage de considérer malheureusement la disparition de l’espèce. Pourtant il aurait toute sa place dans le massif, comme par le passé.

Le loup :
quelques individus ont été aperçus, bien souvent seuls et pas forcément dans les Pyrénées-Atlantiques. Sa présence sporadique tant à l’optimisme bien qu’encore trop faible, aucune meute n’est mentionné sur le massif. Il faut encourager le retour de ce régulateur naturel, bien plus efficace que tous les plans de gestion, coûteux, artificiels et à l’efficacité très relative.

Le cerf :
Quelques petites populations existent entre Ossau et Aspe et en Barétous/Soule, rien de bien considérable, une présence plus importante serait la bienvenue, pour le maintien naturel des milieux et la relation entre les grands herbivores et les grands carnivores, dont il convient d’encourager les retours.

Le vautour fauve :
décrié par des éleveurs, il figure aux coté de l’ours, du lynx et du loup dans “le livre blanc des grands prédateurs” de la Fédération Nationale des Chasseurs qui propose sa régulation. Le vautour fauve grand prédateur, c’est nouveau ! La encore, laissons la nature remplir pleinement son rôle, elle le fait si bien et gratuitement.

Le gypaète :
grand rapace emblématique des Pyrénées d’où il n’a jamais disparu. (L’espèce a été réintroduite dans les Alpes), ses effectifs sont faibles mais il bénéficie d’un programme de sauvegarde. Pourtant, bien souvent des individus sont retrouvés mal en point, rarement indemne de plomb ou de poison.

Le vautour percnoptère :
Ce rapace migrateur vient se reproduire dans notre pays de mars à septembre. Auparavant présent sans discontinuité du Portugal aux Balkans, il est désormais rare de l’ouest de la chaine Pyrénéenne à la Provence, seul les effectifs des Pyrénées-Atlantiques restent stable.
Un plan de restauration existe depuis 2002. Une légère hausse des couples reproducteurs est perceptible. Probablement du à une meilleure pression d’observation. Les reproductions quant à elles, sont toujours faibles.

La loutre  :
sa présence est à nouveau avérée en certains secteurs comme sur le gave d’Aspe, en vallée d’Ossau et sur le Gave de Pau.

Le desman :
On observe en France une regression des effectifs dans les zones les plus basses de son domaine. Un plan de restauration est envisagé.

Le premier comité de pilotage de rédaction du Plan de restauration du Desman des Pyrénées s’est tenu le 16 septembre 2008 à Toulouse.

Le maintien de torrents dépourvus de retenues hydroélectriques est nécessaire, à ce titre le combat mené par la Sépanso Béarn en vallée d’Aspe porte ses fruits et les projets sont mis à mal, une fois n’est pas coutume. Bien moins emblématique que l’Ours, le Desman ne doit pas être oublié pour autant et avec sa protection ce sont des parcelles importantes des Pyrénées que nous sauverons.

Premier constat :
Seule les espèces non chassables et considérées non dérangeantes pour les activités humaines bénéficient d’un plan de restauration (gypaète, percnoptère, desman), quant tel n’est pas le cas leur protection ou projet de sauvegarde est source de discorde (vautour fauve, ours). Concernant le loup et le lynx on se contente de la piètre situation actuelle tant il est évident qu’un projet favorisant leur retour serait mal vu ; en dehors de ces espèces qui aurait toute leur place dans les Pyrénées, et au prétexte fallacieux de la biodiversité, le mouflon, espèce allochtone, est proposé.
Il est clair que notre perception de la biodiversité pyrénéenne n’est pas perçue biologiquement mais économiquement.
Les grands prédateurs sont considérés néfastes pour l’élevage en estive et les grands herbivores comme des concurrents des brouteurs domestiques, voici la véritable raison de l’opposition aux réintroductions. Tant que nous trouverons logique de laisser des animaux domestiques vivre libre et sans surveillance dans la nature et les animaux sauvages en enclos la grande biodiversité pyrénéenne ne sera qu’une vue de l’esprit.
Parler de la biodiversité, implique aussi de dépasser le stade des espèces emblématiques, des grands prédateurs et des espèces gibiers et chassables. Les Pyrénées ce sont également des chiroptères, des reptiles, des batraciens, des insectes, des roches, des lichens, des arbres, la flore et l’homme.

Les espèces invasives :
A ne pas vouloir interdire le commerce des espèces exotiques, nous nous trouvons confrontés aux problèmes des espèces invasives, tout le monde a entendu parler du Vison d’Amérique, mais peu du Leiothrix lutea, magnifique passereaux originaire de l’Himalaya dont plusieurs individus se sont échappés (ou ont été relâchés) de captivité et ont fait souche en Béarn, longtemps cantonnés au piémont et bord du gave de Pau ils sont mentionnés désormais sur le Lourdios et en montagne.
Le Leiothrix n’est pas actuellement un problème, et il semble avoir trouvé une place dans la niche écologique du piémont, mais il est un exemple de plus des effets induits par la gestion des hommes.

Discussion :
Comment ne pas s’inquiéter de l’avenir de la biodiversité pyrénéenne quand l’Etat se désengage totalement du sujet qu’il considère comme un frein au développement économique et sans impact sur le verdict des urnes ?
Comment croire que l’Etat se préoccupe de la biodiversité pyrénéenne quand il réduit le problème sur le site du Ministère à la fermeture des milieux ? Certes, ce n’est pas totalement faux mais la fermeture d’une partie de la montagne n’est pas forcément un mal non plus, et d’ailleurs plus que de fermeture nous devrions parler de retour de la forêt naturelle, ce qui a une connotation plus positive. Ne soyons pas dupe, le gouvernement agite un épouvantail pour justifier encore une fois l’exploitation de la montagne et de la forêt pyrénéenne.
Avec cet argument il lui est facile ensuite de convaincre qu’il faut redonner aux hommes les moyens d’entretenir artificiellement et exagérément la montagne.

Par conséquent, il est difficile d’entrevoir une amélioration quand gouvernement et gestionnaires autoproclamés s’unissent pour une nature asservi.
Comment entrevoir un changement des mentalités qui permettrait un travail commun lorsque la fédération nationale de la chasse écrit noir sur blanc ses idées noires dans le livre blanc des grands prédateurs qu’il faut “ réguler le vautour fauve ” ? Livre où assurément ce charognard n’a pas lieu d’être, et que “ l’ours doit conserver ou acquérir la peur de l’homme vu ses changements anormaux de comportements (trop bas en vallée, trop proche des habitations probablement) ”, ajoutant sans peur du paradoxe “ nous voulons protéger l’ours mais ne pas entendre parler d’interdiction permanente de chasser dans les secteurs à ours et particulièrement dans les zones à tanières ”.
Comment envisager l’avenir de la biodiversité pyrénéenne avec par exemple le retour du Lynx, quand leurs collègues du Jura disent “s’inquiéter de l’impact du lynx sur les populations d’ongulés” ?
Comment espérer l’acceptation du loup dont la FNC estime qu’ “il n’est plus menacé et propose une chasse raisonnée, encadrée et adaptée à la biologie de l’animal, tout en considérant qu’il n’y a pas lieu de le classer gibier” ? Il faudrait en finir avec cet autre paradoxe qui permet de tirer des animaux ni classés gibiers, ni nuisibles (comme le Blaireau).

Cette année 2010 dite de la biodiversité n’a pas été plus profitable que les précédentes à la faune et la flore.

En voulant tout gérer l’homme accumule les erreurs : disparition d’espèces autochtones, invasions d’espèces allocthones, exploitation de la nature à des fins commerciales et de loisirs ; et quand il decide d’intervenir pour compenser il “gère” une fois de plus, à grands renforts d’argent, d’aménagements bruyants, polluants, pour un résultat souvent peu concluant, alors qu’il n’y a qu’une solution, elle ne s’appelle ni plan de restauration, ni PMA, ni programme Life, pas plus Grenelle de l’environnement, introduction ou reintroduction, non rien de tout cela. La seule veritable solution est “de laisser la vie sauvage s’épanouir”. Pourquoi débroussailler le milieu pour le Tétras et le chasser ensuite ? pourquoi fixer des colliers aux ours que l’on dit vouloir libérer dans la montagne ? Pourquoi laisser des commerces de types “jardineries” et “animalerie” vendre des espèces exotiques qu’il faut ensuite réguler dans la nature ? Pourquoi vouloir introduire le Mouflon, espèce méditéranéenne, non adaptée à la neige et historiquement absente des Pyrénées occidentales ?

Conclusion :
La biodiversité pyrénenne comme la biodiversité en général n’a besoin que d’une action de la part de l’homme : “qu’il limite au maximum sa manie interventionniste.”. Il suffit pour cela de laisser à la faune et à la flore des espaces de quiétudes et des corridors facilitant ses déplacements, sans en exclure l’homme tant que celui-ci ne perturbe pas intentionnellement le milieu.
C’est la manière la plus simple, la plus écologique et la plus économique d’agir. C’est aussi le partage.

Hormis pour les secours et les exploitants locaux fermons les chemins carrossables en haute montagne, limitons les sites de sports natures et les sentiers de randonnées balisés, acceptons que des forêts regagnent du terrain et ne condamnons pas celles qui se renaturalisent, convenons que trop d’élevage entraine du surpaturage, que la chasse en battue est dérangeante et dangereuse, opposons-nous aux projets mercantiles et destructeurs qui impliquent des modifications irreversibles du milieu, et acceptons l’idée que la nature n’a nul besoin de nous pour vivre ou survivre.
Il y a de forte chance que la biodiversité s’en arrange sans trop de peine.

Michel CHALVET


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