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Vingt ans de l’IPHB : une mascarade durable…

mercredi 5 février 2014, par Sabine Matraire

Des sous et pas d’ours.

A lire les communiqués de presse des associations Ferus, FIEP et Pays de l’Ours-Adet, ainsi que l’extrait d’un article publié dans le numéro 15 de la Gazette des Grands Prédateurs par Farid Benhammou en 2005.


Voir en ligne : D’autres communications sur l’inefficacité de l’IPHB

Communiqué FERUS, Pays de l’Ours-Adet, 31 janvier 2014.

Vingt ans de l’IPHB : une mascarade durable…

Ce 31 janvier 2014 marque le vingtième anniversaire de la signature de la « Charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours » entre Michel Barnier, ministre de l’environnement de l’époque, et les élus des vallées béarnaises.

Le moins que l’on puisse dire est qu’hélas le bilan de la mise en œuvre de cette charte par l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn (IPHB) n’est pas brillant.

La promesse signée à l’époque était celle d’un nouveau mode de développement montagnard, réconciliant les logiques de développement et de protection dans une approche originale de gestion patrimoniale.

Las, l’illusion fut de courte durée. Au-delà des envolées lyriques du Président Lassalle et des théories fumeuses de son mentor Ollagnon, il n’y eut jamais rien d’autre qu’une gestion maladroite d’un semblant de dialogue entre les protecteurs de l’ours et les tenants de l’exploitation débridée des ressources naturelles.
Derrière la façade de la Maison des vallées, les sujets sensibles y ont toujours été gérés de manière conflictuelle et jamais les responsables n’ont même cherché à dépasser le banal et stérile rapport de forces entre les uns et les autres. Au point que toutes les bonnes volontés qui ont cru sincèrement à l’idée originelle, dont les associations environnementales, ont tôt ou tard quitté le navire.

Vingt ans plus tard, le bilan est cruel.
Si la charte a permis de mobiliser des financements considérables pour l’amélioration, justifiée, des conditions de vie et de travail des éleveurs en montagne, la protection de l’ours, l’autre pilier indissociable de la charte, n’a que pâtit de cette mascarade.
De reculades en renoncements, l’ours n’a cessé de régresser
au point que l’on doive aux lâchers réalisés en Pyrénées Centrales entre 1996 et 2006 qu’il en reste encore deux aujourd’hui en Béarn. Deux pauvres mâles dont le sort indiffère totalement ceux qui clamaient hier la main sur le cœur que l’ours était constitutif de leur identité même de montagnards béarnais …

Les masques sont tombés il y a longtemps et il ne reste aujourd’hui qu’une coquille à demi vide qui cherche désespérément des raisons et les moyens d’exister.

Au final, l’IPHB n’aura jamais été autre chose qu’un banal syndicat de développement rural, qui n’a jamais cherché, et a fortiori réussi, à se détacher des lobbys locaux les moins progressistes, mais qui a exploité sans vergogne le filon de l’ours comme source de financement et d’une notoriété usurpée.


Communiqué du FIEP Groupe Ours Pyrénées, 31 janvier 2014

L’IPHB a 20 ans, mais l’ours n’est pas à la fête !

L’Institution patrimoniale du Haut Béarn « fête » ses 20 ans.

Ce que l’IPHB ne dit pas, à cette occasion :

■ Elle ne respecte plus l’un de ses deux principes fondamentaux qui ont justifié sa création : « la protection de l’ours et son renforcement éventuel » (article 1 et 7). Depuis 2005, l’IPHB agit même dans le camp des opposants à l’ours.

■ Elle n’a pas respecté sa signature du 2ème contrat de charte signé en janvier 2004 par l’IPHB, l’Etat, le Conseil régional, le Conseil général, qui prévoyait le renforcement de deux ourses s’il n’y avait pas 2 femelles reproductrices en 2004. Le comptage fut refait, mais l’IPHB s’opposa au renforcement quelques jours après avoir donné son accord, après la mort de Cannelle.

■ Après avoir vécu des généreuses subventions mobilisées grâce à la présence de l’ours, il s’est servi des idées et du travail d’autres organismes publics et privés pour légitimer son existence, quitte à faire doublon dans bien des domaines.

■ L’IPHB n’est pas une structure de concertation et de gouvernance réunissant toutes les parties pour un développement des vallées respectueux de l’environnement. Les protecteurs de la nature, les chasseurs, etc. ne sont plus là.

Malgré l’affichage des plaquettes et du site internet, ce n’est plus qu’une structure de pouvoir au service d’intérêts électoraux personnels. Elle n’a plus de raison d’être !


Extrait d’un article publié dans le numéro 15 de la Gazette des Grands Prédateurs par Farid Benhammou (2005)

La gestion de l’ours par l’IPHB :à qui perd gagne !

En juin 1993, Michel Barnier, ministre de l’environnement, était venu dans les Vallées Béarnaises rencontrer les acteurs locaux (les associations de protection de la nature n’avaient pas été conviées à cette négociation). Il leur avait proposé d’abroger le « plan ours » des gouvernements précédents, comprenant en particulier les réserves ministérielles de chasse dites « Lalonde. Ces zones de sites vitaux notamment pour les femelles d’où était bannie la chasse en battue avec chiens courants couvraient environ 6 500 ha. Michel Barnier et Jean Lassalle signaient en échange un « contrat d’honneur et de confiance ». Le ministre reprenait ainsi à son compte le fameux slogan : le contrat plutôt que la contrainte. De facto, il abandonnait aux élus béarnais le pilotage effectif de la protection de l’ours. En même temps il était le premier à oser entreprendre ailleurs, en Haute Garonne, une réintroduction d’ours slovènes mais ceci est une autre histoire.

A cette époque, le Réseau Ours Brun animé par l’Office National de la Chasse recensait en Béarn un minimum de sept ours, dont au moins trois femelles (Lagaffe ou Pestoune qui fut l’ourse à problème de 1992, disparue mystérieusement des comptages à l’automne 1993, Claude, abattue fin 1994 lors d’une battue sur le territoire d’une ancienne réserve « Lalonde » abrogée, et Cannelle).

Depuis, il y a eu au moins quatre naissances avérées (portées observées de Cannelle) : en 1995, en 1998, en 2000 et en 2004.

Aujourd’hui, onze ans après, il ne reste qu’un mâle autochtone dans les Vallées Béarnaises, un autre dans les communes frontalières espagnoles (il est passé en Espagne après le tir de Claude), un mâle d’origine slovène, issu de la réintroduction en Pyrénées Centrales, Néré, dont les élus locaux refusent la présence avec insistance, et le petit ourson mâle de double origine (issu de Cannelle et Néré).

Pendant cette période, les trois femelles ont été abattues par des chasseurs dans le Béarn : Claude, Cannelle et probablement Lagaffe . Le cadavre de l’emblématique Papillon, mort de vieillesse en juillet 2004 en Hautes-Pyrénées, portait les plombs d’au moins trois cartouches différentes.

Pour ce joli résultat, plus de trois millions d’euros ont été dépensés par le ministère de l’Environnement (au grand dam d’autres priorités), dont moins du dixième pour des actions en faveur de l’ours et de son habitat. L’essentiel a servi à rémunérer du personnel administratif travaillant sous les ordres de Jean Lassalle, alors que ces fonds sont comptabilisés dans le budget de l’Etat comme crédits pour la protection de la nature, et que les parlementaires auxquels le gouvernement rend compte pensent qu’ils vont à la faune et à la flore en danger. Et l’on ne compte pas le temps inimaginable passé par les pouvoirs publics à faire fonctionner le dispositif institutionnel mis en place à cet effet.

L’Institution Patrimoniale du Haut Béarn (IPHB), qui est un syndicat de communes où ne votent que des élus, est inspirée de la démarche intellectuelle très ambiguë d’Henri Ollagnon. Ce professeur à l’Institut National Agronomique de Paris-Grignon prétend que du moment que tous les acteurs concernés par un sujet conflictuel acceptent de se mettre autour d’une même table pour négocier, tout et son contraire deviennent possibles.

Les événements qui se sont produits tendent plutôt à montrer que les groupes les mieux organisés, soutiens traditionnels des détenteurs du pouvoir local, majoritaires institutionnellement, ont circonvenu les minorités pour les empêcher de faire valoir leur point de vue. Ainsi, la confiance accordée sans gardes-fous a permis en toute impunité à l’irréparable de se produire au vu et au su de tous.

Cannelle a été abattue dans un espace proposé par la France au titre de Natura 2000 et déclaré Site d’Importance Communautaire en application de la Directive Habitat Faune Flore de l’Union Européenne.

Ce bilan sans appel résulte à l’évidence d’une incapacité des pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités, de tergiversations et d’absence de décision concernant les engagements des deux partenaires (Etat et IPHB) en la matière depuis plus de dix ans. En fait, les responsables de l’IPHB qui n’ont que les mots de « contrats » et de « confiance » à la bouche n’ont pas été capables de respecter leur part du contrat concernant l’ours. Personne ne leur en a tenu rigueur au regard des fonds publics dépensés. . Il se trouve que les élus de ce secteur, le député Jean Lassalle en tête (cf. ses discours récurrents à l’Assemblée et le grand-cas qu’il fait des associations de protection de la nature et des sommes « faramineuses » qui leur seraient injustement attribuées), refusent le principe même de la Directive Habitat et financent recours sur recours pour tenter d’en obtenir l’abrogation en invoquant notamment la meilleure efficacité supposée de certains acteurs locaux à protéger eux-même la nature chez eux.

Comment l’Etat a-t-il pu accepter de se complaire dans un tel degré de schizophrénie ?

Paradoxalement, pour se décider au renforcement, l’administration a considéré qu’elle ne pouvait s’appuyer que sur Jean Lassalle et s’aligner sur ses propositions, alors qu’il était largement co-responsable de la situation présente. Et elle s’apprêtait à lui renouveler sa confiance et à augmenter les financements attribués à son Institution Patrimoniale.

Jean Lassalle de son côté a du un temps considérer que la mort de Cannelle lui permettrait de vaincre un grand nombre de réticences locales au principe du renforcement.

Mais ces derniers mois, Jean Lassalle a pris un nouveau faux prétexte, l’annonce par le ministre d’un programme de restauration de la population d’ours sur l’ensemble de la chaîne, pour annuler bien vite sa timide annonce d’un lâcher sous conditions de deux femelles. Serge Lepeltier avait pourtant bien pris la précaution de ne pas dire pour le Béarn autre chose que ce que l’IPHB disait déjà. Ce syndicat se serait d’ailleurs vu confier la maîtrise d’ouvrage du projet par délégation dans les deux vallées.

Mais pour Jean Lassalle c’était encore trop. Inacceptable que des scientifiques veuillent dire leur mot sur ses manipulations d’animaux, inacceptable que l’on ose parler d’une population viable d’ours dans les Pyrénées alors qu’il venait généreusement d’octroyer deux femelles, inacceptable qu’une autre autorité que la sienne puisse agir, et songer à exercer sur lui une tutelle. Faute d’argument rationnel il a, en bon communiquant, qualifié de lâcher « massif » d’ours un projet consistant à en réintroduire progressivement une petite dizaine sur un espace immense.

Ce petit jeu si bien rodé va-t-il reprendre ? L’Etat va-t-il encore massivement financer l’IPHB alors que ses responsables utilisent activement cet argent public pour lutter contre la Directive Habitat et pour dénigrer sans cesse l’opération de réintroduction d’ours en Pyrénées centrales . ? Faut-il encore parler de réintroduire des ours en Béarn ? Ne vaut il pas mieux y protéger fermement l’habitat et attendre des jours meilleurs pour parler de réintroductions, quand des élus locaux seront réellement prêts au dialogue, sur la base du respect mutuel de tous les partenaires ?

Pendant ce temps, les ours sont passé de zéro à un quinzaine dans les Pyrénées centrales. Sans grands mots, mais au prix d’une somme de travail considérable, sans grands moyens, mais en utilisant au mieux chaque euro, les élus et les organisations socioprofessionnelles qui constituent Pays-de-l’ours ADET ont réussi à consolider un climat d’ensemble favorable à l’ours. Des chasseurs aux naturalistes en passant par des éleveurs, de nombreuses associations locales sont partenaires du projet. La gestion n’a pas le label « patrimonial » que s’est auto décerné l’IPHB mais elle a pour conséquence une reconquête du patrimoine naturel et la mise en valeur du patrimoine culturel. On évoque sans cesse l’emploi optimum des deniers publics : économisons la totalité des crédits qui sont donnés à l’IPHB, redéployons une partie sur les Pyrénées centrales, l’ours, le budget de la nature et la morale s’en porteront mieux.

Farid Benhammou ENGREF,Géographe à Paris 1


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