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Message amical à l’attention de mes contemporains

Par Michel Chalvet

samedi 20 février 2016, par Sabine Matraire

"Ainsi, nous avons beaucoup à faire, mais rien qui ne soit insurmontable. Je conclurais mon partage avec chaque béarnais ainsi : A quoi bon un compte en banque plein si l’armoire à aliments est vide, l’air toxique, l’eau souillée, la terre inculte ?
La terre nous porte et nous nourrit, la vie foisonnante y est essentielle, alors prenons en soin.
Il est bon de le rappeler, mais surtout il est temps d’agir."


Message amical à l’attention de mes contemporains

Nous avons tous entendu parler du réchauffement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Nous savons que les gouvernants du monde entier se réunissent depuis le sommet de Rio en 1992, pour y remédier. Le dernier sommet en date étant “La COP21", tenue à Paris en décembre 2015. Mais quelles décisions concrètes et immédiates ont été prises à grande échelle depuis vingt-quatre ans ? Mis à part des objectifs plus ou moins flous de réduire petitement les gaz, fumées, pesticides et autres émissions toxiques sur un grand nombre d’années. Dont on ne sait d’ailleurs si ces ambitions sont tenues.

Aujourd’hui on veut nous convaincre de la nécessité d’avoir un nouvel aéroport à Nantes. On propose d’installer dans toutes les campagnes de France des panneaux publicitaires lumineux d’une surface de 50 m². On supprime des petites lignes ferroviaires que l’on remplace par des cars et on favorise les LGV (Ligne à Grande Vitesse). On crée de nouvelles voies routières et on élargit les routes existantes, bref on incite au tout routier. On vend des terres agricoles pour les urbaniser. On nous parle de PIB, de pouvoir d’achat, de croissance. Des termes qui prouvent combien nous sommes loin d’avoir assimilé la nécessité de vivre plus sobrement et l’importance de préserver la nature.

C’est par l’avènement de la voiture que nous nous sommes installés loin de nos lieux de travail, devenant par la même occasion plus pollueurs. C’est par l’avènement de la voiture que l’on a créé des centres commerciaux et leurs parkings géants à l’extérieur des villes. Sur des emplacements qui étaient des terres arables, des friches et des bois indispensables à l’équilibre biologique. La friche, contrairement à la pensée commune, n’est pas un lieu sale, pauvre et inutile.

Il est indispensable de revoir nos modes de vie consuméristes, de ne plus détourner le regard, de ne plus attendre que les choses s’arrangent d’elles mêmes. Car le miracle n’aura pas lieu tout seul !

Du concret et de l’imminent, voici ce qu’il faut proposer et surtout, ce qu’il faut faire, tous ensemble. Les élus ont besoins de notre aide, de notre conviction, de nos engagements dans le quotidien, pour changer positivement le monde. Ne serait-il pas temps de se recentrer en ville ? Et de créer en extérieur, dans chaque département, un grand parc naturel vierge de toutes interventions humaines (Non pas d’en empêcher l’accès, mais de n’y rien exploiter). Je ne prône pas la désertification rurale, mais je condamne l’étalement urbain anarchique.

Ne serait-il pas bienvenue de produire moins de futurs déchets avant de chercher à les recycler ? Ne serait-ils pas judicieux de créer des chemins végétalisés en ville (comme la “coulée verte” à Billère et Lons, ou la “coulée douce” à Pau) ? Ne faudrait-il pas se décider à promouvoir des pistes cyclables vraiment sécurisées, pour faciliter l’usage du vélo ?
Une première décision d’importance devrait être mise à exécution par les communes et communautés d’agglomération du département : L’extinction des lampadaires la nuit.

Une ville comme Saumur, somme toute assez importante, fait désormais nuit noire. Et il n’y a pas plus d’agressions qu’auparavant. En contrepartie cette Cité fait des économies d’énergie, bénéfiques à toutes les formes de vie, notamment aux espèces nocturnes. Mais aussi aux diurnes qui voient leur horloge biologique déréglé par ces fausses nuits. En se passant d’éclairage la nuit, Saumur fait également des économies d’argent, que ses administrés savent apprécier.

La pollution lumineuse est une plaie que beaucoup d’entre nous ignorent. Je retranscris ici un extrait d’un texte très informatif, rédigé par un entomologiste renommé, Henri-Pierre Aberlenc : " Dans les années 1970, l’entomofaune française était encore très riche. Certes, sous la pression des "Trente Glorieuses" (du point de vue socio-économique, car du point de vue de la biodiversité, de la pollution et de la dégradation des paysages, ce seraient plutôt les "Trente Calamiteuses"), la nature avait déjà reculé et des espèces encore communes au temps de la précédente génération d’entomologistes s’étaient déjà raréfiées…
Ce déclin progressif s’est si brutalement aggravé peu avant les années 2000 qu’il faut parler d’effondrement…
Jusqu’au milieu des années 1990, quand on faisait en voiture le moindre voyage pendant la belle saison, on avait très rapidement le pare-brise couvert de nombreux insectes écrasés appartenant à des espèces très variées, au point qu’il fallait le nettoyer souvent.
Aujourd’hui, c’est fini : ... Seuls quelques trajets exceptionnels sont encore "avec pare-brise souillé"... Une expérience qui était générale il n’y a pas très longtemps encore est devenue ponctuelle. Il est stupéfiant qu’une constatation aussi banale, que des millions d’automobilistes âgés de plus de 40 ans peuvent corroborer, soit quasiment passée inaperçu…
Les pièges lumineux attirent désormais une faune indigente : l’extermination par un éclairage public nocturne, omniprésent toute l’année depuis des décennies, a accompli son œuvre destructrice des Papillons, Coléoptères et autres espèces nocturnes. La pollution
lumineuse est aussi calamiteuse que celle due aux pesticides !

Tout le monde connaît la dramatique régression des Abeilles domestiques, il est moins connu que c’est l’ensemble des populations des espèces d’Abeilles sauvages qui régresse et, au-delà, l’ensemble
de l’entomofaune…

La civilisation libérale moderne détruit peu à peu les fondements mêmes de la vie."

Extraits de "Passion entomologie" par Henri-Pierre Aberlenc Vanikoro, édition Terra seca - 2015.

Ainsi, nous avons beaucoup à faire, mais rien qui ne soit insurmontable. Je conclurais mon partage avec chaque béarnais ainsi : A quoi bon un compte en banque plein si l’armoire à aliments est vide, l’air toxique, l’eau souillée, la terre inculte ?
La terre nous porte et nous nourrit, la vie foisonnante y est essentielle, alors prenons en soin.
Il est bon de le rappeler, mais surtout il est temps d’agir.

Michel CHALVET
Lonsois
citoyen, électeur, père de famille et bénévole dans l’associatif.


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