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Boire ou conduire...

Par Georges Vallet

jeudi 17 novembre 2011

"Jusqu’à ce que la douleur le lui enseigne,
l’homme ne sait pas quel trésor est l’eau
"
Lord Byron


Plusieurs prestations et échanges ont eu lieu, sur ce site (Alternatives Paloises), à propos du projet de prospection pour l’exploitation des gaz de schiste. Dans l’esprit, je n’ai trouvé à aucun moment, le souci de son empreinte en eau.

Quelques rappels :

L’eau est le principal constituant du corps humain ; la quantité nécessaire à un adulte de taille moyenne, en région tempérée et fournissant peu d’effort physique, est d’environ 2,5 litres à 3l par jour d’eau potable. Par journée chaude et moite, en effort, il faut compter jusqu’à dix litres d’eau ! On meurt en quelques jours sans apport d’eau. Nous sommes 65 millions en France.
Pour Thierry Pointet BRGM, La France a de la chance !

En matière d’eau, ce pays est riche. Il pleut chaque année en moyenne 440 milliards de m3 d’eau dont un quart s’infiltre dans les nappes souterraines. De plus, les deux tiers du territoire sont constitués de grands bassins sédimentaires dont les roches poreuses emmagasinent l’eau, telles des éponges.

Si la situation semble favorable, il y a une face cachée :

- L’homme ne peut vivre que si l’eau est potable . Or, « Plus que la quantité, c’est la qualité de l’eau des nappes qui est préoccupante. La qualité de l’eau dans les nappes est catastrophique ! » s’inquiète Thierry Pointet du BRGM. « On a rendu impropre à la consommation l’eau de la moitié des nappes du territoire. Ce sont surtout les nappes proches de la surface qui sont touchées et on ne sait pas les dépolluer. La seule solution est d’attendre qu’une eau de bonne qualité chasse et remplace peu à peu l’eau polluée » Mais voilà, l’eau est polluée avant et pendant l’infiltration !

Le MNHN (Muséum) affirme, de plus, que le bilan est très incomplet : les mesures ne portent ni sur les micropolluants (dioxines, phtalates...) ni sur les polluants microbiologiques. ( bactéries, champignons,virus...) !

- L’inadéquation entre !a vitesse des prélèvements et la vitesse des recharges : une vingtaine d’années pour les grandes nappes superficielles, plusieurs milliers d’années pour les nappes profondes.

- Le changement climatique sera responsable de 20 % de l’aggravation de la raréfaction de l’eau dans le monde. Sources UNESCO et OMS.

Plus de 700 millions de véhicules circulent aujourd’hui sur la planète. On s’attend à 1,2 milliard en 2020 et pas loin de 3 milliards en 2030.

Divers « carburants » sont utilisés ou en recherche d’utilisation :
- Énergies fossiles : pétrole ou ses dérivés : gaz conventionnels ou non.
- Énergie nucléaire et ses dérivés comme l’électricité (voiture électrique)..
- Bioénergie comme les biocarburants :éthanol, biodiesels, méthane..
- Hydrogène ou air comprimé mais les énergies précédentes sont nécessaires.
Tous sont d’énormes consommateurs d’eau.

Problème des "biocarburants" : (NDLR : agrocarburants)

L’agriculture était destinée à la nourriture. Désormais, elle sert de plus en plus à produire de l’énergie. Comme la superficie des terres agricoles diminue par l’urbanisation, il faut augmenter les rendements donc la consommation d’eau.
Les biocarburants, en France, résultent, pour partie, d’une culture intensive hautement irriguée et polluante de :
- 308 000 hectares pour le colza (60% est consacré aux agro carburants)
- 62 000 ha pour le tournesol, 18 000 ha pour le blé,12 000 ha pour la betterave

Pour un litre de biodiésel à base de colza , il faut, en moyenne, 14 000 litres d’eau. (National Academy of Sciences, 23 Juin 2009). La betterave à sucre utilisée dans la fabrication d’éthanol, a besoin de 1 400 litres d’eau., la canne à sucre de 2 500 litres d’eau, pour produire un litre d’éthanol.
Remarque : En France, la culture irriguée du maïs ne cesse d’augmenter ; il est principalement utilisé pour nourrir le bétail. On estime ainsi que 13 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de boeuf.

Problème de l’énergie nucléaire :

Le ministère de l’Ecologie considère que 57% de l’eau douce disponible est nécessaire pour produire de l’électricité (refroidissement des 44 réacteurs nucléaires en bordure de rivière). Chaque kilowatt heure produit en France nécessite environ 56 litres d’eau douce. La seule centrale de Golfech, sur la Garonne, en pompe près de 220 millions par an, soit deux fois la consommation annuelle des habitants de Paris intra-muros. 98% de cette eau est, paraît-il, immédiatement restituée ; c’est vrai, mais ces rejets sont à l’origine d’une pollution thermique : asphyxie de la rivière, développement d’algues, disparition des poissons.. Elle est bonne pour élever des crocodiles près de Pierrelatte ! Les réacteurs « en circuit fermé » prélèvent beaucoup moins d’eau, entre 3 et 5m3 par seconde, et la rejettent avec un réchauffement de 1 à 2° C seulement, mais toute l’année. Quand on connaît l’impact capital de la température, au dixième de degré près, sur l’oxygénation donc la vie, la ponte, le développement, la reproduction de la faune, la perturbation reste considérable. Ne parlons pas des rejets des effluents liquides chimiques et radioactifs ; « aucun souci, ils n’ont aucune incidence sur la santé » affirme EDF !!!

Problème des gaz de schistes :

"En Aquitaine, 27 communes sont concernées par le gaz de schiste :Dordogne, Béarn et offshore au large du Bassin d’Arcachon". L’hydro fracturation utilisée consiste à fracturer des poches de gaz par injection d’un liquide constitué d’eau et d’additifs, dont certains peuvent être toxiques. Chaque puits peut être fracturé plusieurs dizaines de fois . Chaque fracturation consomme entre 7 et 28 millions litres d’eau ; Dans le sous-sol, entre 30% et 70% de cette eau y demeurera. Le nombre de puits nécessaires est bien plus important que dans la recherche classique du gaz ou du pétrole. De plus, la durée de vie est très courte : 1 à 3 ans.

Quand on connaît les besoins en eau potable pour faire face, en France :
- À une démographie croissante,
- À l’objectif fixé par l’UE pour 2015 : directive-cadre sur l’eau 2000/60/CE
- Au prix du traitement, pour rendre l’eau potable.
- Aux difficultés économiques des ménages (augmentation du prix de l’eau)
- Aux prélèvements dans les nappes profondes, réservoir de survie pour nos enfants, L’épuisement des nappes souterraines, en Aquitaine, exige déjà de réduire de 20% l’exploitation. .
- Aux périodes de canicules et de sécheresse de plus en plus fréquentes,etc.
Il est vraiment incompréhensible que l’on puisse encore faire la promotion de technologies hautement consommatrices en eau , sous des prétextes prioritaires de croissance énergétiques en particulier.

Entre boire et conduire, vraiment, il est temps de choisir !

Sources (non polluées j’espère !) :
Le Monde, numéro spécial M2149 du Canard enchaîné, l’OMS, BRGM, CNRS, l’UNESCO et Vallet Georges


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